Le Football, c'est le partage !

Date de l'interview: 
07/08/2008
Le Football, c'est le partage !
Thierry Pauk a pris contact avec moi après avoir vu sa fiche sur le site. Son fils lui a montré et il a eu envie de rétablir certaines vérités par rapport à son parcours. Il me reçoit dans la vaquerie, au rez-de-chaussée du siège de l’UFF, avenue de Iena dans le 16ème. Tenue décontractée, t-shirt et treillis, coupe à la Olivier Quint : Entretien.

Thierry Pauk que faîtes-vous aujourd’hui ?

Je suis conseiller en entreprise et dirigeant à l’Union Financière de France, une banque d’affaire spécialisée dans la création et gestion de patrimoine. Il y a même une cellule qui s’occupe des sportifs de haut niveau alors forcément…

Comment s’est fait ce choix ?

Vous savez, les décisions on les prend par nécessité. A la fin de ma carrière, je suis parti au Luxembourg dans l’espoir d’y travailler. Finalement ça ne s’est pas fait. J’ai eu l’opportunité de venir à l’Union Financière de France par l’intermédiaire d’un ami qui y passait un entretien d’embauche. J’ai passé la série d’entretien et on m’a dit 'C’est bon pour nous tu commences lundi ' Comment ça ? travailler ? avec ma tête ? avec mes mains ?' Moi ma passion c’est le foot alors vous imaginez la rupture.

La coupure avec le foot s’est faite si brutalement ?

En fait j’ai continué à jouer pendant 10 ans, 7 ans au Luxembourg, niveau DH et 3 ans à Amnéville DHR. A la fin je m’occupais, en même temps des -18 ans à l’ES METZ.

Une carrière d’entraineur ça vous a jamais tenté ?

Non, pas envie d’être dépendant d’un président. Pourtant quand j’étais jeune on m’appelait le professeur. A Famaliçao, l’entraineur me disait ‘Toi Pauk, tu va faire entraineur c’est obligé. Passe tes diplômes’ Mais je suis un anticonformiste, je ne crois pas à l’impartialité des examinateurs dans ce milieu . Et comme je le dis, j’avais pas envie d’avoir un président, des médias qui me disent d’aligner untel ou untel, de recruter untel. Je suis contre la dépendance.

Il y a tant d’ingérence que ça ?

…. (silence)
C’est pas évident. Moi on me disait le football c’est une grande famille, Metz c’est un club « familial » alors je l’ai cru. Je pensais naïvement qu’il fallait être bon pour jouer. Mais y a pas que ça ; faut être médiatique. Pourquoi Manchester prend Cantona. Pas parce qu’il est seulement le meilleur mais parce qu’il est médiatique. Moi c’est ce qu’il m’a manqué.

Pourtant vous avez un palmarès ? Coupe de France, coupe de la Ligue, Euro Espoir…

Oui c’est ma fierté Celle d’avoir quasiment tout vécu durant cette période de ma vie. Je n’ai jamais visé la carrière. Uniquement vivre une passion. Plus de 270 matchs de D1 en 8 saisons, 1 coupe de la ligue une coupe de France, l’épopée de 88 espoirs (champion d’Europe), des expériences à l’étranger, champion de France (NDLR de National avec Châteauroux en 1993), la relégation en Nationale 1 avec l’USLD,, différentes participations aux Coupes Européennes dont une qualification contre Barcelone, sans parler des saisons amateur, etc... Mais bon, j’étais un joueur de club, j’ai manqué d’ambition pour être international et tout. Si cela était arrivé, cependant, j’aurai représenté mon pays avec grand honneur.

Revenons à Metz, vos débuts ?

Ma première saison pro c’était en 84-85. Pour la finale de 84, j’étais aspirant pro, j’ai payé ma place 130 Frs au Parc pour voir mon club employeur battre Monaco. Mon premier match, c’est justement face à Monaco. On a perdu 7-0. La claque. Je me suis dis « faut aller de l’avant, de toutes façons, si prochain match il ya, ça pourra pas être pire ». Un mois après il y a eu le Barça.

Justement ce match. Quel match !!

Oui c’est ce qu’il reste. Mon meilleur souvenir. A l’aller on est ridicule, on en prend 4 à la maison. Faut voir les buts, c’est pas des exploits individuels. Mais tout est dans le discours. Au retour on se disait pas « comment on va résister ? » mais « Faut qu’on résiste !» En plus on était qu’une vingtaine à vivre ça, y avait les 16 joueurs sur la feuille, le staff et le Président. Y avait pas 15 000 messins dans les tribunes hein !

Ouais le discours OK, mais quand même. Comment expliquez-vous qu’à un moment Metz peut sortir le Barça ?

C’est le football. Barça n’a pas cru bon de jouer un 2ème match. Nous, on avait rien à perdre. Chez nous, il n’y avait personne de connu. Bocandé arrivait de Seraing, en Belgique. Vous savez où c’est, vous, Seraing ? Et puis après, c’est le match, les événements…

Vous savez en 88, en demi-finale, on joue Reims qui est en D2. On gagne 4-0 à domicile. Au retour conscient de l’enjeu, une finale. 1-0 pour Reims, bon c’est pas grave, puis 2-0. A la pause on se dit dans les vestiaires « bon les gars faut se réveiller là ». Reims prend le large : 3-0. Sur un corner, Didier Christophe, un colosse, reprend le ballon. Poteau !!, Il lui revient : re-poteau !!! à 3-0 . Derrière sur un contre on revient à 3-1 et le match se termine sur se score. Je comprends que Barça ait pu perdre contre nous. Y a des fois où l’on ne maitrise plus les évènements. Au Nou Camp, on n’était pas les meilleurs mais on était une équipe.

Le truc dans la vie quand t’es plus fort il faut que tu l’affirmes. Je me souviens lors d’un match à Bordeaux, sur un coup franc sifflé contre nous je suis devant le ballon et René Girard arrive pied en avant sur le tibia pour prendre le ballon. Pourtant René Girard, international et tout. Moi j’avais 18 ans, je débutais. Ben si sur le fond, moralement c’est critiquable, d’une certaine façon, il avait raison. S’il laisse s’installer la confiance l’élève va dépasser le maître. Là, les choses sont claires, le patron c’est lui…

Vous avez tout connu à Metz ?

Oui nous étions un groupe très soudé. Le football c’est le partage, le partage de la joie dans la victoire avec les copains qui ont traversé les mêmes émotions, le partage de la tristesse, quand tu es ridicule en Coupe d’Europe face au Barça, quand tu en prends 7 à Monaco. C’est ce qui fait que je vous rencontre aujourd’hui et qu’on discute. Quand Marie Pierce gagne Roland Garros, on voit cette joie dans ses yeux. Le public est content pour elle, mais elle est seule avec sa joie. Personne ne peut partager le sentiment que Elle éprouve. Au foot on est un groupe. Par exemple en coupe en 88, on gagne le premier match dans la douleur face à une équipe amateur, 1-0. On a failli y passer. Ca nous a vachement soudés et on est allé au bout.

Vous êtes champion d’Europe Espoir en 88 avec la génération perdue. Comment expliquez-vous que vous n’ayez jamais eu votre chance avec les A ?

Y a plusieurs facteurs. Tout d’abord mon handicap était une trop grande polyvalence. J’ai plutôt une formation de milieu, mais à Metz je jouais souvent libéro. En sélection je jouais arrière gauche, pas à droite hein à gauche et je suis droitier. A Châteauroux j’ai joué quasi ailier gauche. Du coup quand on cherche un libero on se dit « non pas Pauk, il joue latéral, je veux un vrai libero », pour un latéral on se dit « pas Pauk, il est libéro… »

D’autre part, comme je disais, je n’ai jamais cherché à me mettre en avant par rapport à l’équipe. J’ai même privilégié le club en refusant un quart de final de championnat d’Europe contre l’Italie.. devinez ou ?...à Nancy, à cause d’une dent de sagesse qu’il fallait me retirer. Metz jouait régulièrement le rôle d’outsider pour l’Europe. Enfin, la génération 88 est toute entière passée par un grand club, au sens médiatique comme hiérarchique. Sauf moi ??? Je faisais confiance au président Molinari…

En 92, vous quittez Metz et partez pour le Portugal, comment ça se passe ?

Je n’ai jamais eu d’agent. J’étais en fin de contrat et je devais re-signer. En même temps on me fait comprendre que ca serait pas mal que je parte. Je suis en vacances au Portugal, d’où est originaire mon épouse. Je cherche un club là bas et j’ai l’opportunité de jouer à Famalicao. C’était la première proposition concrète. Je me dis pourquoi pas. Famalicao était un peu l’équivalent d’un Montpellier de l’époque. Un outsider du championnat qui peut titiller les gros. Vous savez à l’époque, il y avait 3 français à l’étranger, Papin au Milan AC, Cantona à Manchester et moi au Portugal. C’est une grosse promotion..

Pourtant vous n’y restez qu’une saison ?

Sportivement ca se passait bien. Mais j’avais gardé contact avec Metz qui m’appelait très souvent et voulait me faire revenir. Une clause dans mon contrat prévoyait que si je partais sans indemnités, Metz pouvait me récupérer gratuitement. Régulièrement Metz me disait de revenir s’il y avait le moindre problème « Thierry faut que tu reviennes, on a connu une saison difficile, on compte sur toi, tu connais la maison.. ». En fin de saison j’avais un différent financier avec le club. Ils me devaient 1 million d’escudos qu’ils voulaient pas me payer. Ils m’ont collé une amende d’un million d’escudos et voulaient que je signe un reçu. J’ai jamais voulu signer du coup ils m’ont pas payé pendant 3 mois. Je suis donc rentré à Metz

Je m’entraine tout l’été avec l’équipe, ca se passe super bien tout est en ordre, je dois signer un nouveau contrat. Le 30 aout, on me dit « Tout est OK tu signes demain ». Le lendemain alors que je viens pour signer, on m’explique que là y 20 joueurs dans l’effectif plus 2 premiers contrats pro, du coup je deviens joker. Le championnat reprend à peine.

C’est le coup de poignard dans le dos ?

Oui, c’est une terrible désillusion. J’ai été trahi par le Président Molinari et l’entraineur. Je me retrouve au chômage à la reprise de la saison. A l’époque la législation sur les footballeurs au chômage n’était pas la même, j’étais considéré comme joker puisque je rejoignais une club en dehors de la période des transferts. A un moment Alain Giresse voulait me faire venir à Toulouse. Je leur explique la situation, ils m’ont jamais rappelé. Chateauroux me voulait, ils appelaient tous les jours. Je dis au président OK appelez-les. Il leur dit « OK je vous file Pauk mais je le récupère l’année prochaine avec M’Boma. » J’avais déjà entendu le discours. Enfin bon, je me retrouve à Châteauroux en national, c'est-à-dire à la cave alors que pour une fois j’étais revenu en France avec de grands projets.

Les gens disent que j’aurais pas du partir au Portugal. Avec le recul, l’erreur à certainement était de revenir. J’aurais pu trouver un club là-bas, rebondir et peut-être pourquoi pas un jour jouer au Sporting ou au Benfica, sans fausse prétention.

Vous finissez champion pourtant, là encore, vous ne restez qu’une saison ?

Châteauroux c’est de bons souvenirs, quand ils viennent à St Symphorien je vais les voir avec plaisir. Chateauroux, c’est l’année de mes malheurs, pas le club de mes malheurs. Mais bon, je dépérissais là-bas. J’avais besoin de rebondir, de sortir du trou et d’exorciser le sentiment de trahison. J’ai demandé à un agent de m’aider car j’étais désespéré.

Dunkerque quand même…

Oui Dunkerque. L’agent me dit « voila, j’ai Dunkerque. C’est un club qui a une solide expérience de la D2 » banco, pourquoi pas. J’avais besoin de changer d’air. C’est marrant parce qu’à l’époque à Nîmes, y avait un joueur, Hassan Kachloul, international marocain, il disait tout le temps « Faites les cons et vous vous retrouverez à Dunkerque ». En 95, il signe à Metz, qui le prête aussitôt à.. Dunkerque. Comme quoi la vie, hein..

Puis vous rentrez à Metz en 96 ?

Oui, fin de carrière. Tout avait changé : l’arrêt Bosman est passé par là. Avant je négociais mes contrats accompagné de mon épouse. Maintenant les jeunes sont là avec leur agent. Mais bon j’ai vu la génération dorée qui a failli être champion.

Globalement à travers votre témoignage, on sent une grande solitude dans la gestion de carrière ?

C’est vrai. Ce qui m’a le plus manqué c’est un accompagnement sportif (agent), juridique et financier (conseil). Il y en avait très peu et les négos étaient verrouillées. Par exemple, j’ai appris plus tard qu’en 87 le Matra s’intéressait à Kastendeuch et à moi. Le gars ne nous en a jamais parlé. Molinari lui avait dit « ceux là t’y touche spas ». S’il nous avait approché sans l’autorisation du club, plus jamais de sa vie il travaillait avec le FC Metz. Il pouvait pas se le permettre. Aujourd’hui ca a bien changé.

Après sur la gestion de carrière, je me disais pas je vais à Famaliçao pour aller ensuite au Benfica. J’ai jamais prétendu à être international A. Pour moi c’est une reconnaissance.

Malgré tout vous êtes resté très proche du FC Metz. Vous les suivez toujours ? Que pensez-vous de la situation actuelle du club, quand on voit les déclarations fracassantes de Michel Ettorre notamment ?

Oui, je suis également trésorier de l’association des anciens messins qui participe à différentes manifestations caritatives et humanitaires. Aujourd’hui Metz c’est un club mort. Vous y mettriez de l’argent vous sachant que le pouvoir reste inviolable ? Quand j’étais en formation, on était identifié au club car nous étions de la région. Aujourd’hui les clubs vont chercher de jeunes africains. Pour eux, en arrivant à Metz, ils savent déjà que ce n’est qu’une étape, un tremplin. Qui a fait entièrement carrière à Metz dernièrement ? Qui a fait carrière après Metz ? Adébayor, Saha et c’est tout.

C’est un problème de discours et d’ambitions. Une anecdote assez révélatrice de l’état d’esprit à Metz. En 91, on est premier du championnat après 5 journées. C’est l’euphorie. Et là l’entraineur nous dit « Il nous manque X points pour assurer le maintien ». C’est cette ambition qui a fait défaut à notre club en passant à côté du titre, …de la champion’s ligue, à l’opposé de Lyon (que le FC Metz rencontrait en finale de la coupe de la Ligue au milieu des années 90) Aujourd’hui, alors que les finances du club ne sont pas très bonnes, le premier contrat que j’ai entendu renouvelé est extra-sportif. Pour qu’un mec comme Michel Ettorre parte, alors qu’il aurait donné sa vie pour ce club, c’est qu’il en avait vraiment gros sur la patate. Cependant, je n’en ai pas parlé avec lui à ce jour.

Au final, quel bilan tirez-vous de votre carrière ? Quel message voudriez-vous faire passer ?

Je garde une grande fierté car je n’ai pas perdu de temps,, victoires en coupe et championnat, relégation, coupes d’Europe, sélections niveau amateur. J’ai côtoyé et affronté des grands noms. Les stars existent parce qu’il y a des Thierry Pauk qui sont face et à leur côté. A mon niveau, même si j’étais un joueur de club, sans autre ambition que d’offrir un spectacle j’ai permis aux grands joueurs de s’exprimer.

Le football c’est le partage, c’est une aventure humaine, ça permet de faire des rencontres. J’ai eu la chance de faire un métier formidable, de gagner ma vie en exerçant ma passion. Après le milieu est ce qu’il est, mais c’est pareil partout. Il ne me reste que les bons souvenirs, je n’ai aucun regret et suis conscient de la chance que j’ai eu… Je ne souhaite qu’une chose, « pouvoir jouer et transmettre mes connaissances à de vrais passionnés. Le footballl est un art qu’on néglige aujourd’hui ». Avis aux intéressés !